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Traiter autrement la schizophrénie : l’approche de Neurosterix

Copyright: Nadir Photography
Neurosterix développe une nouvelle génération de thérapies qui cible les mécanismes cérébraux impliqués dans les troubles neuropsychiatriques. Son programme le plus avancé, actuellement en phase clinique, explore une approche innovante pour le traitement de la schizophrénie. Rencontre avec Dominik Schelshorn, Head of Biology chez Neurosterix.
1. Qu’est-ce qui distingue l’approche scientifique de Neurosterix des traitements actuels en neuropsychiatrie ?
Les troubles neuropsychiatriques restent parmi les domaines les plus urgents et les moins bien couverts de la médecine. Les traitements actuels n’apportent souvent qu’un soulagement partiel, qui atténuent les symptômes sans restaurer un fonctionnement cérébral normal. De nombreux patients continuent de faire face à des bénéfices thérapeutiques tardifs et limités, ainsi qu’à des effets indésirables significatifs — ce qui souligne la nécessité de véritables avancées capables de modifier durablement l’évolution de ces maladies.
Neurosterix explore une nouvelle voie. L’entreprise développe une nouvelle génération de médicaments — des modulateurs allostériques — capables d’ajuster avec précision les mécanismes de signalisation cérébrale.
2. NTX-253 vient d’entrer en phase 1 : quel est l’objectif de cette étude ?
NTX-253 est un modulateur allostérique positif (PAM) du récepteur muscarinique M4, une cible validée dans le traitement de la schizophrénie et des troubles apparentés. En modulant finement la signalisation muscarinique, un PAM M4 pourrait permettre de réduire les symptômes psychotiques tout en évitant les troubles moteurs et les complications métaboliques associés aux antagonistes dopaminergiques traditionnels.
L’objectif de notre étude de phase 1 est d’évaluer la sécurité, la tolérance et la pharmacocinétique de NTX-253 chez des adultes sains ainsi que chez des patients adultes atteints de schizophrénie stabilisée.
3. Pourquoi les modulateurs allostériques sont-ils une piste intéressante pour les maladies du cerveau ?
Nos modulateurs allostériques propriétaires agissent comme des variateurs et permettent de rétablir l’équilibre des circuits neuronaux avec un niveau de sélectivité et de sécurité supérieur à celui des traitements conventionnels. Ils sont puissants, sélectifs et administrables par voie orale.
4. En quoi le Campus Biotech joue-t-il un rôle dans le développement de Neurosterix ?
Le Campus Biotech rassemble un réseau riche et diversifié d’expertises scientifiques en lien direct avec nos activités, allant de l’ingénierie aux modèles précliniques, jusqu’à la recherche clinique.
Nous collaborons avec les équipes présentes sur le site et bénéficions directement des plateformes technologiques intégrées à cet écosystème. Au-delà de ces interactions, cet environnement stimulant favorise la circulation des idées, renforce notre visibilité et nous permet de rester au plus près des dernières avancées en neurosciences.
5. Vous allez bientôt emménager dans le bâtiment B4 : qu’est-ce que cela va changer pour vos équipes ?
La plupart d’entre nous sont très attachés au concept exceptionnel du bâtiment B3. Le déménagement vers le tout nouveau bâtiment B4 nous a toutefois permis d’adapter nos bureaux et nos laboratoires à nos besoins.
Le fait de rester au même niveau a rendu la transition très fluide et nous permet de poursuivre nos activités sans interruption.
En tant que premiers occupants du B4, nous rencontrons naturellement quelques ajustements techniques inhérents à tout nouveau bâtiment, mais ils ont été rapidement résolus grâce au soutien efficace de l’équipe en charge de l’exploitation.
6. Plus largement, quelle est l’ambition de Neurosterix dans les prochaines années ?
Neurosterix porte une ambition forte : proposer aux patients atteints de schizophrénie un traitement qui s’attaque réellement à l’ensemble de la maladie. Les médicaments actuels, pour la plupart découverts de manière empirique dans les années 1950, permettent de réduire les épisodes psychotiques, mais laissent les patients confrontés à des troubles cognitifs, à un retrait social et à des effets indésirables importants, qui conduisent nombre d’entre eux à interrompre leur traitement.
Le candidat principal de Neurosterix, NTX-253, repose sur une approche fondamentalement différente. Il cible avec précision le récepteur muscarinique M4 dans le cerveau afin de rétablir l’équilibre des circuits neuronaux, avec des effets secondaires limités. Le programme est actuellement en développement clinique, avec pour objectif de démontrer une preuve de concept dans la schizophrénie dans les deux prochaines années.
Au-delà de NTX-253, l’entreprise a identifié une molécule first-in-class au potentiel large, susceptible d’adresser des pathologies telles que les troubles liés au stress, la dépression ou encore l’agitation — autant de domaines où les besoins médicaux restent importants. L’ambition est d’amener ce programme en phase 1 à l’horizon 2027.
À plus court terme, nous prévoyons également de tirer pleinement parti de notre plateforme de découverte de médicaments, en grande partie opérée depuis nos laboratoires genevois, afin d’identifier de nouveaux candidats et de les faire avancer jusqu’en clinique.
Entreprise de taille modeste mais portée par une science solide, Neurosterix illustre, à sa manière, la capacité de Genève à jouer un rôle de premier plan dans la recherche médicale de pointe.