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Eduardo Moraud, restaurer la mobilité dans la maladie de Parkinson


© EPFL

Le 23 septembre, le Campus Biotech accueillait le Pr Eduardo Moraud, titulaire de la toute nouvelle Chaire Medtronic en neuromodulation à l’EPFL. Rattaché à l’Institut Neuro-X et au centre translationnel NeuroRestore, le chercheur a présenté ses travaux liés au développement de thérapies de neuromodulation adaptative pour restaurer la mobilité des patients atteints de la maladie de Parkinson.

La marche, angle mort des traitements actuels
La maladie de Parkinson est la pathologie neurologique dont la prévalence augmente le plus rapidement dans le monde. Aux symptômes moteurs classiques tels que tremblements et la rigidité s’ajoutent, avec la progression de la maladie, des troubles de la marche et de l’équilibre très variables selon les patients : asymétrie, difficultés à initier le pas, ou « blocage de la marche » connu aussi sous le nom de « freezing » — ce blocage soudain qui donne l’impression d’avoir les pieds au sol. Ces troubles multiplient les chutes et constituent aujourd’hui une cause majeure de perte d’autonomie chez les patients.

Contrairement aux tremblements, la marche mobilise à la fois l’automatisme, le contrôle volontaire, l’intégration sensorielle et l’attention, et peut se dérègler différemment selon le contexte : une pièce bondée ou une double tâche peuvent suffire à déclencher un blocage. Or la stimulation cérébrale profonde (SCP) classique, qui traite efficacement tremblements et rigidité depuis près de 40 ans en modulant l’activité pathologique des circuits des ganglions de la base, délivre une stimulation continue et statique — inadaptée à des symptômes qui varient avec l’instant et le contexte.

Une stimulation qui s’adapte à la marche, en temps réel
Pour y répondre, l’équipe du Pr Moraud a développé des algorithmes capables de décoder, à partir de l’activité du noyau sous-thalamique enregistrée par l’implant, si un patient est assis, debout, en train de marcher ou en train de « freezer » — puis d’ajuster automatiquement la stimulation en conséquence. Testés chez quatre patients, ces décodeurs, rendus robustes aux variations liées aux médicaments dopaminergiques, adaptent l’amplitude de stimulation dès que le patient se lève pour soulager les troubles de la marche, puis reviennent aux paramètres thérapeutiques standards au repos pour préserver le contrôle des symptômes cardinaux. L’approche, validée en conditions réelles grâce à des chaussures connectées, bénéficie désormais d’un nouveau financement de la fondation Michael J. Fox pour un essai élargi à une cohorte plus large, suivie trois mois à domicile.

De nouvelles cibles cérébrales pour le « gel de la marche »
Le blocage de la marche (« freezing ») reste largement résistant à la SCP standard. L’équipe fait l’hypothèse qu’il ne s’agit pas d’un symptôme purement moteur, mais qu’il implique des circuits associés au contrôle cognitif du mouvement. Chez un modèle animal reproduisant la dégénérescence dopaminergique de la maladie, les chercheurs ont identifié des projections neuronales dont l’hypoactivité coïncide avec les épisodes de blocage ; en inactivant ces projections chez des animaux sains, ils ont réussi à reproduire ce comportement pour la première fois. Des enregistrements EEG chez des patients confirment une altération de l’activité neuronale lors des épisodes du blocage de la marche chez l’humain, ouvrant la voie à de nouvelles cibles de stimulation dédiées à ce symptôme jusqu’ici insaisissable.

Au-delà du cerveau : stimuler la moelle épinière
Enfin, ses recherches s’appuient sur l’expertise lausannoise en stimulation de la moelle épinière pour la paralysie, appliquée ici pour recruter, chez des patients parkinsoniens, les circuits sensorimoteurs impliqués dans le contrôle de la marche et de l’équilibre. Le premier patient implanté, qui chutait six à sept fois par jour, a vu son asymétrie, sa distance de marche, son équilibre et, de façon inattendue, son blocage de la marche s’améliorer durablement, encore un an après l’implantation. Un essai clinique est désormais en cours chez six patients, avec des approches en boucle fermée ajustant la stimulation en temps réel, afin d’évaluer cette approche chez un plus grand nombre de patients et d’en déterminer plus précisément les bénéfices, les limites et les profils de réponse

Une recherche saluée dès son arrivée à l’EPFL
Optimiser la SCP existante, identifier de nouvelles cibles cérébrales, stimuler au-delà du cerveau : ces trois axes dessinent une même ambition, celle d’une neuromodulation mécanistique, personnalisée et adaptative — saluée cette même année par le Prix Robert Bing 2026 de l’Académie Suisse des Sciences Médicales, pour la première approche de stimulation cérébrale profonde adaptative guidée par la physiologie. Avec son arrivée à l’Institut Neuro-X et au Campus Biotech, cette recherche trouve un nouvel ancrage, à la croisée de l’ingénierie, des neurosciences et de la clinique.