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Neurosoft Bioelectronics : des interfaces cerveau-machine plus souples, moins invasives, plus riches en données


© Roger do Minh

Les interfaces cerveau-machine pourraient transformer la manière dont certaines pathologies neurologiques sont diagnostiquées et traitées. Pour envisager des dispositifs utilisables sur le long terme, une question reste centrale : comment enregistrer l’activité du cerveau avec suffisamment de précision, tout en limitant l’impact sur les tissus cérébraux ? C’est sur cette question que travaille Neurosoft Bioelectronics, spin-off de l’EPFL installée au Campus Biotech à Genève.

Une architecture non pénétrante
Neurosoft Bioelectronics développe une interface cerveau-machine à électrodes souples, conçue pour ne pas pénétrer le tissu cérébral. Concrètement, l’entreprise mise sur des électrodes souples et extensibles, jusqu’à 1000 fois plus flexibles que les interfaces neuronales existantes, réunies sur des implants de quelques centimètres carrés. Posées à la surface du cortex plutôt qu’insérées dans le tissu, elles offrent un accès cortical complet sans pénétration – contrairement aux réseaux d’électrodes pénétrantes, plus précis localement mais plus risqués pour le tissu sur la durée.

Cette approche a aussi une autre conséquence : en rendant l’enregistrement cortical plus sûr et plus large, elle produit des données plus riches – de celles dont ont besoin les modèles d’intelligence artificielle pour apprendre à traduire l’activité électrique du cerveau en gestes ou en parole.

Un critère de sécurité, au-delà de la réglementation
Pour Nicolas Vachicouras, CEO et co-fondateur, ce choix n’est pas qu’une question de performance : c’est aussi un critère de sécurité, pour des dispositifs portés en continu, parfois pendant des décennies. Au-delà des tests réglementaires, il applique un critère personnel avant de valider un dispositif :

« On a toujours le test réglementaire, qui est une obligation. Mais il y a aussi un autre test, que j’appelle le « test de la mère » : est-ce que j’accepterais de mettre ce dispositif dans la tête de ma propre mère ? La réglementation existe pour apporter de la certitude, mais elle peut aussi, dans certains cas, freiner des technologies qui seraient en réalité sûres. C’est un équilibre difficile, mais qui mérite d’être travaillé ».

Cette exigence trouve un écho concret dans les indications visées : au-delà de l’épilepsie, son indication la plus avancée, Neurosoft explore aussi les troubles moteurs et les acouphènes sévères, des usages portés sur le long terme.

Une reconnaissance qui confirme une dynamique
Cette approche vient récemment d’être distinguée aux Grands Prix de l’économie 2026, où Neurosoft Bioelectronics a reçu le Prix de l’innovation, décerné le 17 septembre 2026 devant environ 600 entrepreneurs et dirigeants, sur le campus de la Haute école d’art et de design (HEAD) à Genève. Le jury y a salué des interfaces cérébrales souples et minimalement invasives, capables de décoder l’activité du cerveau à grande échelle sans pénétrer les tissus.

Cette reconnaissance s’inscrit dans une trajectoire déjà marquée par des résultats concrets : en mai 2026, Neurosoft a bouclé un tour de financement de 7,5 millions de dollars, sur un total levé de plus de 20 millions, porté par une confiance des investisseurs qui s’appuie notamment sur un portefeuille de plus de 25 brevets. L’entreprise, qui a grandi au sein du Campus Biotech avec le soutien du Wyss Center avant d’essaimer jusqu’à New York, y fabriquait ses électrodes dès ses débuts.

Vers une autorisation réglementaire aux États-Unis
La suite s’écrit déjà sur le terrain clinique et réglementaire : Neurosoft prévoit d’élargir ses essais cliniques en Europe et aux États-Unis, et vise l’obtention d’une autorisation réglementaire américaine pour son premier produit, destiné au traitement de l’épilepsie – son indication la plus avancée.