News
Tracy Laabs, nouvelle directrice du Wyss Center

© Wyss Center
Depuis plus de dix ans, Tracy Laabs accompagne le développement du Wyss Center. Figure fondatrice de l’institution, elle a contribué à accélérer l’innovation et à rapprocher les avancées scientifiques des besoins des patients. Nommée directrice du Wyss Center le 1er juillet 2026, elle ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre dans l’histoire de l’organisation. Entre les enseignements de cette première décennie et les opportunités qui s’ouvrent pour les années à venir, elle partage sa vision de la santé cérébrale et du rôle que le Wyss Center entend jouer.
1. Vous accompagnez le développement du Wyss Center depuis sa création. Avec le recul, qu’est-ce qui vous semble avoir le plus évolué en dix ans dans le domaine des neurotechnologies ?
En effet, j’ai rejoint le Wyss Center en tant que Directrice adjointe fondatrice en 2015. À l’époque, la neurotechnologie relevait avant tout d’une ambition scientifique. Des projets de recherche faisaient la une en permettant à des personnes paralysées de taper sur un ordinateur ou de contrôler des bras robotisés par la seule force de la pensée, mais ces systèmes n’étaient pas encore prêts à sortir du laboratoire. Dans le même temps, des neurotechnologies cliniques comme la stimulation cérébrale profonde faisaient partie des traitements mais avec des fonctionnalités et une adoption limitées. Ce qui a le plus profondément changé au cours de la dernière décennie, c’est la convergence des disciplines : neurosciences, ingénierie et application clinique se rejoignent désormais en temps réel. Nous voyons l’IA transformer la façon dont nous analysons les données cérébrales, concevons les thérapies et personnalisons les traitements. Des outils qui semblaient encore à des décennies de distance sont aujourd’hui en cours de translation clinique. Le domaine a mûri : on ne se demande plus « est-ce que cela pourrait marcher ? », mais « comment amener cela aux patients, et à quelle vitesse ? »
2. Le Wyss Center est souvent présenté comme un pont entre la recherche et les patients. Où se situe encore, selon vous, le maillon le plus fragile de cette chaîne ?
La métaphore du pont est juste. Je dirais que le maillon le plus faible reste la portion entre la preuve de concept et la maturité clinique. Les résultats scientifiques prometteurs abondent mais ce qui est plus difficile c’est le processus de réduction des risques : ce travail rigoureux de translation qui transforme un résultat de recherche prometteur en un outil qu’un clinicien peut utiliser et qu’un patient peut faire sien en toute confiance. Les voies réglementaires, le financement des essais cliniques en phase précoce, ou encore l’infrastructure nécessaire pour accompagner les spin-offs durant leurs premières années : ce sont autant de domaines où cet écart se fait encore sentir. C’est précisément là que le Wyss Center a choisi de concentrer son énergie, et c’est là que j’entends continuer à faire avancer les choses.
3. Qu’apporte un lieu comme le Campus Biotech au développement des innovations en santé cérébrale ?
Le Campus Biotech est véritablement unique. Ce n’est pas seulement un bâtiment ou un ensemble d’infrastructures, c’est un écosystème où rigueur académique, proximité clinique et ambition entrepreneuriale coexistent sur un même site. L’accès à des infrastructures de pointe, combiné à la présence de partenaires comme l’EPFL, l’Université de Genève et les HUG, permet au parcours qui mène d’une idée scientifique à une thérapie destinée aux patients de se dérouler de manière plus connectée et plus rapide que presque partout ailleurs. Le soutien de l’État de Genève ajoute une dimension supplémentaire : il existe ici une réelle volonté institutionnelle de faire advenir l’innovation en santé cérébrale. Cette combinaison est rare.
4. Au fil de votre parcours, y a-t-il eu une rencontre ou une expérience qui a profondément renforcé votre conviction que les neurotechnologies pouvaient changer des vies ?
Il y a un moment auquel je repense souvent. Un patient qui n’avait pas pu communiquer avec sa famille pendant des années a pu le faire grâce à une technologie sur laquelle notre équipe travaillait. Je me souviens de personnes rassemblées autour d’un écran, regardant cela se produire en temps réel. Il n’y a eu ni célébration, ni bruit. Juste ce silence profond, parce que chacun dans cette pièce comprenait ce à quoi il assistait. Ce moment a rendu concret tout ce qui avait précédé et qui était abstrait jusque-là : les publications, les subventions, les nuits tardives. La science a changé la vie de cette personne. C’est ma boussole aujourd’hui.
5. En tant que femme à la tête d’une institution scientifique de premier plan, quel regard portez-vous sur la place des femmes dans les domaines de la neurotechnologie et du leadership scientifique, et quels changements souhaiteriez-vous encore voir s’accélérer ?
Je suis fière d’être une femme à la tête d’une institution scientifique majeure. Je pense qu’il est important que le leadership reflète la diversité des personnes que nous cherchons à servir. En même temps, j’aimerais que le fait qu’une femme occupe ce type de poste ne soit plus l’objet de remarque.
6. En tant que directrice du Wyss Center, quelles sont les principales priorités ou prochaines étapes pour les années à venir — et que doit-on attendre de vous et du centre dans le domaine des neurotechnologies ?
Trois choses comptent pour moi : que les personnes avec qui nous travaillons perçoivent la continuité de notre mission, que nos partenaires et parties prenantes soient confiants de la direction que nous prenons, et que chacun (le personnel, les collaborateurs et, par-dessus tout, les patients que nous servons) saisisse concrètement les possibilités qui s’ouvrent à nous.
Sur le Campus Biotech, nos partenariats avec l’EPFL, l’Université de Genève et les HUG forment l’ossature de notre démarche pour faire avancer la science vers son application clinique. À l’échelle suisse, notre collaboration avec le Swiss Data Science Center ouvre de nouvelles voies dans notre façon de travailler avec les données cérébrales à grande échelle. Nous nous projetons encore plus loin, sur la scène internationale, car la neurotechnologie est une entreprise mondiale et nous entendons jouer notre rôle à ce niveau-là.
Ce que le domaine de la neurotechnologie peut attendre du Wyss Center ? Une organisation agile, ambitieuse et concentrée avant tout sur un objectif : amener la neurotechnologie aux patients qui en ont besoin, en s’appuyant sur notre portefeuille de start-ups, l’AI Hub et une science qui ne s’arrête pas à la porte du laboratoire.